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Par GRÉGOIRE BISEAU - http://www.liberation.fr/


Tout peut se résumer à cette seule question : ce samedi 15 novembre 2008 va-t-il se faire une place aux panthéons des grandes dates de l’histoire de l’économie mondiale ? Aux côtés du New Deal de 1933, des accords de Bretton Woods de 1944 ou du lancement de l’euro en 2001. Ce 15 novembre sera-t-il celui de la première réelle mobilisation internationale des politiques pour remettre la main sur trente ans de déréglementation des marchés financiers mondiaux ? Ou bien va-t-il disparaître dans les limbes des rendez-vous manqués et des espoirs déçus ? Aujourd’hui, tout reste possible. Ce qui est sûr c’est qu’il ne sortira rien de concret de cette seule journée de négociation à Washington, à laquelle sont conviés les 20 pays qui assurent à eux seuls 85 % du PIB mondial.

«Plus optimiste». Les plus optimistes, dont la France, espèrent qu’une plateforme de grands principes va en sortir afin que s’enclenche une réelle dynamique de rendez-vous qui devront aboutir d’ici cent jours à l’élaboration d’une liste de «mesures concrètes» pour réformer le système financier mondial. «Il y a quinze jours, j’étais plutôt pessimiste mais là, les choses sont en train de changer et je suis devenue plus optimiste», nous confiait mercredi Christine Lagarde, la ministre de l’Economie.

Un optimisme très sarkozien, pas encore franchement planétaire. En l’espace d’une semaine, Henry Paulson, le secrétaire américain d’Etat au Trésor d’un côté et Lula da Silva, le chef d’Etat brésilien et président d’honneur de ce G20 de l’autre, douchaient les ardeurs françaises, déclarant «qu’il ne fallait pas s’attendre à grand-chose de ce rendez-vous». Rien qui ne puisse faire vaciller Sarkozy. Vendredi, depuis Nice au sommet UE-Russie, et avant de s’envoler pour Washington, celui-ci a répété que ce sommet «ne devait pas être un sommet pour rien». «La crise financière est d’une très grande gravité, il faut changer les choses durablement, structurellement.»

Pas besoin d’être grand stratège pour comprendre que l’Union européenne, et donc la France, a devant elle un boulevard pour tenter d’imposer ses vues. Son principal adversaire dans cette bataille d’influence, ce sont bien sûr les Etats-Unis (avec le soutien du Canada et de l’Australie), qui seront représentés par un George Bush sortant, décrédibilisé et principal responsable de cette déconfiture mondiale. Vendredi, avant de recevoir ses invités à dîner, Bush a répété sa leçon de chose très particulière : «Au cours de ce sommet, je coopérerai avec les autres dirigeants pour établir les principes de réformes, comme rendre les marchés plus transparents et veiller à ce que les sociétés et les produits financiers appropriés soient soumis aux règles appropriées.» Mais à tous ceux qui rêveraient d’un sursaut mondial, le holà est de rigueur : «Nous devons reconnaître que l’intervention gouvernementale n’est pas le remède universel. La solution à long terme aux problèmes d’aujourd’hui réside dans une croissance soutenue.» Faut-il y lire les derniers soupirs de Bush ou le résumé d’une position américaine intangible ? Mystère. Même si, durant sa campagne, Barack Obama a dénoncé les paradis fiscaux, nul ne sait jusqu’où voudra aller la nouvelle administration américaine dans un effort de régulation du système. Absent de la réunion, Obama sera représenté par des conseillers. «C’est l’inconnue du sommet. On en profitera pour prendre des contacts off avec son équipe», dit-on côté français.

«Bolchévique». Profitant de cette période de transition, l’Europe arrive presque groupée. Bien sûr, il y a toujours des tiraillements entre la France et l’Allemagne, qui sur certains sujets (la régulation des hedge funds, ou la rémunération des patrons…) s’est montrée beaucoup plus interventionniste. «Merkel s’est révélée comme une vraie bolchevique», rigole un négociateur français. Lors du conseil européen du 7 novembre, l’Union européenne a pourtant réussi à se doter d’une feuille de route assez consistante : plus grande surveillance des agences de notation et des «fonds à effet de levier» (comprendre les hedge funds), lutte contre les «centres non coopératifs» (comprendre les paradis fiscaux), harmonisation et changement des normes comptables, et bien sûr la clé de voûte de l’ensemble : un vrai rôle de surveillance et de contrôle du système par le Fonds monétaire international. Avec un vrai pouvoir d’alerte en cas de déraillement.

Dilué. Les Etats-Unis ne veulent pas en entendre parler. Les Britanniques sont plus prudents. Quant aux pays émergents, Brésil en tête, ils y sont favorables à la seule condition que le mode de gouvernance du FMI leur fasse une vraie place. Le problème est qu’une fois ces résolutions européennes passées au tamis des négociations des ministres des Finances du G20, réunis le week-end dernier à São Paulo, il ne reste plus grand-chose. Tout s’est dilué dans de grandes généralités sans fin. «La résolution de Washington sera probablement moins engageante que celle du Conseil européen mais plus précise que celle de São Paulo», espérait vendredi l’entourage de Christine Lagarde.

Samedi 15 novembre 2008
- Publié dans : Actualité Internationale
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