Ancien soutien de Nicolas Sarkozy, l'entrepreneur web Loïc Le Meur était l'invité de Parlons Net. Immergé dans la Silicon Valley, il s'inquiète de l'état catastrophique de l'industrie des
nouvelles technologies en Europe ainsi que des visions répressives en matière de web défendues par certains gouvernements… dont celui de Nicolas Sarkozy !
« Il vaut mieux promouvoir les bons usages du web plutôt que de réprimer les mauvais ». Ancien soutien de Nicolas Sarkozy, l'entrepreneur web Loïc Le
Meur ne s'accorde pas totalement avec la politique présidentielle en matière de nouvelles technologies. Invité de Parlons Net, il a présenté sa nouvelle start up,
Seesmic, spécialisée dans le dialogue vidéo sur le web et qui a déjà été frappée par la crise : après une levée de 12 millions de dollars, elle a récemment licencié
un tiers de ses effectifs. Une décision qu'il a été l'un des premiers à prendre dans la Silicon Valley, frappée de plein fouet par la crise financière :
« en
2008 on était tous en position très agressive, très optimistes, se souvient-il :
il fallait augmenter l'audience pour lever des fonds. » Les
licenciements ne signent pour lui en aucun cas la mauvaise santé du secteur mais une
« adaptation de son métabolisme ».
Malgré la crise, il juge que le schéma de rentabilité des start up n'a pas de raison de changer : innovation, audience et monétisation de l'audience. Il le retrouve chez tous les géants du
web : LinkedIn, Dailymotion, Facebook, etc. « Beaucoup d'entreprises mettent un, deux, trois ans parfois à trouver un modèle économique en restant financées
par du capital risque, développe Loïc Le Meur. Ce qui a changé, c'est que les levées de fonds vont être plus difficiles. »
Pour sa société, Seesmic, qui, lancée en mai 2008, compte déjà 1 million de visiteurs uniques par mois, Loïc Le Meur envisage de travailler avec des entreprises et de créer des abonnements à
bas coût et des « objets virtuels » (pubs intégrées aux vidéos, bouquets virtuels à échanger, etc.). Des options qui engrangent déjà, selon lui, de
gros bénéfices en Asie.
A quand une Silicon Valley européenne ?
Exilé dans la Silicon Valley, il ne regrette pas son départ de France :
« en un an, je n'ai jamais entendu quelqu'un se plaindre. Par défaut, on vous fait
confiance, explique-t-il.
En France, par défaut, quand vous créez une entreprise, vous êtes un peu suspect : beaucoup de gens me souhaitaient que je
me plante plutôt que je réussisse ! »
L'entrepreneur ne compte cependant pas passer sa vie aux Etats-Unis mais espère l'exportation de
« l'activité entrepreneuriale » californienne de
l'autre côté de l'Atlantique.
« En Europe, c'est une catastrophe : il n'y a pas assez d'entrepreneurs, on est trop influencé par le risque et la peur de
l'échec, regrette-t-il.
Là-bas, si vous vous plantez, ce n'est pas grave ! »
Preuves de cet échec selon lui : pas un seul leader mondial du web n'est européen et certains projets,
comme le moteur de recherche Quero,
lancé par Jacques Chirac et qui a coûté 300 millions d'euros, ont aujourd'hui totalement sombré dans l'oubli.
« Je crois qu'il faut absolument mettre de
l'argent pour aider les start up, plaide-t-il.
En ces temps de récession, elles ne trouvent pas les fonds d'amorçage pour démarrer. » Pour
dynamiser ce secteur, il prend l'exemple d'Israël où l'Etat verse, pour toute somme investie dans une start up, l'équivalent en fonds publics.
Pour lui, favoriser les « business angels » serait un grand progrès : « au lieu de mettre de l'argent à la caisse d'épargne ou en Bourse, on investit dans
une entreprise avec un niveau de risque très élevé et qui créé de l'emploi. Cela permet de créer ces succès mondiaux inexistants en Europe pour l'instant. » Et de citer Skype et
Kelkoo, succès européens rachetés par des géants américains. Une situation de monopole sur les nouvelles technologies que Loïc Le Meur voit s'étendre à terme aux téléphones portables avec le
lancement de Google Android et le succès de l'iPhone.
Pour lui, la déduction de l'ISF des fonds investis dans des PME indique une direction à prendre : « le bouclier fiscal ne suffit pas mais il va dans le bon
sens. » La réforme doit pour lui être plus profonde encore : « ça commence dans les écoles : il faut parler beaucoup mieux anglais, c'est quand même
la langue d'Internet ! »
Promouvoir plutôt que réprimer
Un an après la campagne présidentielle, Loïc Le Meur ne regrette pas son apparition sur la scène politique française comme soutien de Nicolas Sarkozy. Face aux critiques contre la riposte
graduée promue par la loi Création et Liberté de Christine Albanel, il défend néanmoins une vision plus ouverte :
« mon entreprise utilise Creative Commons, je
ne crois pas trop à la répression, répondait-il avant de pondérer :
même si ça ne doit pas être facile pour le gouvernement de gérer l'effondrement du
secteur de la musique. »
S'il trouve normal que Nicolas Sarkozy mobilise des équipes pour travailler sur son image sur le web, il trouve que la perception générale d'Internet par la classe politique devrait évoluer :
« Il faudrait que tous les politiques, à gauche comme à droite, parlent de l'opportunité économique qui se créé autour d'Internet et la France a une carte
formidable à jouer là-dessus. » A ce titre, il trouve que l'idée de taxer les téléchargements est
« une vraie erreur. Il faut plutôt apprendre aux gens
à avoir des comportements en règle : promouvoir le bon plutôt que critiquer le mauvais. »
Loïc Le Meur organise
la conférence le Web'08 à Paris, les 9 et 10 décembre prochain.
Loïc Le Meur était interrogé par Sylvain Lapoix (Marianne2.fr), François Krug (rue89.com) et Eric Mettout (Lexpress.fr).
Parlons Net, une émission animée par David Abiker
image: Philippe Pallarès
Samedi 8 novembre 2008
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Publié dans : Dans l'actualité
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