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Par LUC PEILLON - http://www.liberation.fr/


Août n’aura pas été qu’un accident. Après une hausse brutale du nombre de chômeurs (+41 300), septembre suit la même pente, avec 8 000 demandeurs d’emploi supplémentaires. Certes, la progression est cinq fois moins importante et le gouvernement, par le biais des contrats aidés relancés cet été, a peut-être limité la casse. Il n’empêche, le chiffre est mauvais. Et à Bercy, on reconnaît que «la situation de l’emploi pour les mois prochains se présente mal». Le gouvernement a raison de s’inquiéter. Car si le taux de chômage pour le troisième trimestre, délivré par l’Insee et incluant septembre, ne sera connu qu’en décembre, tout laisse à penser qu’il sera supérieur au 7,2 % (France métropolitaine) du deuxième trimestre, son niveau le plus bas depuis vingt-cinq ans. Après des mois de baisse, le nombre de demandeurs d’emplois devrait logiquement repartir à la hausse de façon durable. Et ce pour trois raisons principales.

La crise de l’économie «réelle» est à venir. Les chiffres de septembre sont mauvais et pourtant ils ne rendent pas compte de la crise financière d’octobre. Depuis, la situation s’est violemment dégradée. Le resserrement du crédit pousse de nombreuses entreprises à revoir à la baisse leur activité, et donc leur niveau d’emplois. Et les perspectives de croissance rendues publiques par l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) mercredi ne devaient pas les rassurer. Evoquant deux scénarios, l’OFCE table en 2009 sur une croissance comprise entre -0,1 % et 0,7 %, conduisant à un taux de chômage oscillant entre 7,7 % et 8,1 %. Or, le marché du travail, dans notre économie, est particulièrement sensible à la création de richesses, explique Eric Heyer, de l’OFCE : «En France, la productivité par travailleur est très élevée, ce qui nécessite une forte croissance pour créer des emplois permettant de compenser les destructions.»

Les heures sup jouent un effet accélérateur. Les heures sup promues par Sarkozy ont-elles accéléré la remontée du chômage ? En dehors d’une hausse causée par l’entrée progressive des entreprises dans le dispositif, le nombre d’heures sup Tepa a peu augmenté jusqu’au deuxième trimestre 2008. Puis, à cette date, changement de rythme : les heures supplémentaires bondissent de 6 %, tandis que l’emploi intérimaire chute de 8,5 % sur la même période. Coïncidence ? Pas vraiment, car au sein de la plupart des secteurs professionnels, la chute de l’intérim au deuxième trimestre semble répondre à une hausse des heures supplémentaires. Alors certes, août a connu une forte baisse du nombre d’heures sup (-13 %), mais qui «traduit essentiellement un effet saisonnier lié aux congés annuels», explique la Caisse nationale des Urssaf (Acoss), à l’origine de ces chiffres. Ce système de vases communicants est reconnu par les professionnels du travail intérimaire, dont l’organisation Prisme constate désormais que «les destructions d’emplois s’expliquent notamment par le recours accru aux heures supplémentaires».

La future bombe des seniors. Une véritable bombe (statistique) à retardement attend le gouvernement, et il l’a lui même créée : la suppression de la dispense de recherche d’emploi pour les seniors âgés de plus de 57,5 ans (55 ans dans certains cas). Votée en juillet, la loi prévoit une extinction progressive du dispositif d’ici 2012. Il faudra désormais avoir 58 ans au 1er janvier 2009, 59 ans en 2010, puis 60 ans en 2011. Or, fin août, ils étaient 360 772 à être dispensés de recherche d’emploi. Un joli potentiel de nouveaux inscrits, à terme, sur les listes des demandeurs d’emplois…

Restent les contrats aidés… Le gouvernement sait aussi que la hausse du chômage de ces deux derniers mois est due en partie aux suppressions massives d’emplois aidés depuis le début de l’année. De janvier à août, il y a eu 67 000 entrées en contrats aidés dans le secteur non-marchand en moins, par rapport à la même période en 2007. La chute est particulièrement marquée en août, avec une baisse des entrées de 38 % par rapport au même mois l’année dernière. Depuis, le gouvernement a changé d’avis et a ressorti dès juillet 60 000 nouveaux contrats aidés. Une relance dont la mise en œuvre se fait progressivement et qui a peut-être permis d’amortir la remontée du chômage en septembre, puisque 14 000 contrats aidés supplémentaires ont été signés par rapport à août. Le président de la République a confirmé l’option, en annonçant mardi dernier 100 000 contrats aidés supplémentaires pour 2009. Mais malgré la soudaine affection du gouvernement pour le traitement social du chômage, la mesure risque de ne pas suffire…

Vendredi 31 octobre 2008
- Publié dans : Emploi
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