C'est le dernier frisson que s'offrent l'Amérique et par voie de conséquence nombre d'analystes et autres experts qui, à quelques jours du scrutin ont envie de croire que, non! -trois fois
non-, la présidentielle américaine n'est pas jouée. L'écart se resserre, c'est sûr. Les courbes sont à deux doigts de se croiser.
L'Obamania délirante pourrait retomber comme un soufflé, du fait du nombre très sous-évalué des indécis racistes. Qu'est-ce qui permet de dire ça? «L'effet Bradley». C'est le marronnier à la
mode.
Nos plus brillants éditorialistes, chargés d'entretenir un faux suspense, ont beau ne pas y croire eux-mêmes - si certains se demandent si
« Obama
peut perdre ? », très peu tentent le diable en s'aventurant dans un questionnement improbable
« McCain peut-il gagner ? ». Les sondages ont beau
être unanimes
: aucun à ce jour ne laisse envisager la possibilité d'une courte victoire de Mc Cain. Rien n'y fait : «l'effet Bradley»
continue d'être considéré comme une menace pour Obama, donc pour les Etats-Unis, donc pour la planète…
Mais qu'est-ce que c'est au juste? «L'effet Bradley», c'est le nom que les Américains ont donné au décalage observé entre les sondages électoraux et les résultats des élections américaines
quand un candidat blanc est opposé à un candidat non blanc. Comprenez : les indécis sont en fait majoritairement des racistes qui n'osent le dire, mais retrouvent leur liberté d'expression dans
l'isoloir. Une hypothèse récemment remontée à la surface suite à un… sondage. Cocasse, n'est-ce pas?
De l'effet Bradley et de ses effets...
Docteur d'Etat en sciences politiques, François Bernard Huyghe s'amuse de ce singulier syllogisme qui consiste à
« imaginer que ces motivations puissent (et pourquoi au dernier moment ?) se traduire toutes dans le même sens . Le plus drôle est que la preuve de la fausseté des
sondages serait administrée par... un sondage : « Selon un sondage récent, Barack Obama pourrait perdre six points de pourcentage le jour de l'élection présidentielle du fait de sa couleur ».
écrit le Nouvel Obs apparemment converti aux logiques non-aristotéliciennes. Et si l'on imaginait que des Républicains convertis à l'Obamisme ou déçus par leur candidat n'osent pas avouer à
leur entourage qu'ils vont voter contre le Grand Old Party et pour un Noir ? » écrit François Bernard Huyghe.
Partant de là, le chercheur imagine un tas d'effets compensateurs dans un sens ou dans l'autre : pourquoi pas une tendance à se rallier à l'opinion qui paraît majoritaire ? Un effet de
découragement chez les républicains ? Une victoire trop vite envisagée par les partisans d'Obama qui les inciterait à ne pas se déplacer ? De la pure stratégie électorale de dernière heure
histoire de faire peur à ses troupes pour les empêcher de se démobiliser ?
L'opinion publique n'existe pas
Alors que conclure de tous ces avatars de «l'effet Bradley», invérifiables et impossible à estimer ?
« Le pire (ou le meilleur) est que tout le monde aura
probablement raison : tous ces effets dont beaucoup sont contradictoires existent probablement. Simplement ils s'exercent simultanément sur des êtres humains et pas sur cette abstraction
théorique que l'on nomme opinion publique. L'opinion publique n'existe pas en soi et pour soi : c'est une résultante construite à travers un appareil mathématique » conclut François
Bernard Huyghe, balayant au passage d'un trait de plume les fantaisies « bradleysiennes ».
Une défaite d'Obama en dirait d'ailleurs bien plus long sur la nullité des outils de perception, d'analyse et autres capteurs sociologico-électoraux chargés de prendre le pouls d'une prétendue
opinion publique américaine que sur la véritable existence d'un «effet Bradley».
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