Le chef du NPA a tenté de séduire les associatifs qui organisaient dimanche dernier à Nanterre le Forum Social des Quartiers Populaires. Mais il n'a pas convaincu ces militants radicaux pour
qui il n'est qu'un bourgeois comme les autres!
Photo darcydominique-Flickr-licence cc
7 millions de personnes vivent dans les quartiers populaires en France. Un potentiel militant extraordinaire et orphelin, sur lequel la gauche s'est toujours cassé les dents. Olivier
Besancenot et ses lieutenants ont quand même tenté leur chance et sont venus faire un tour au Forum Social des Quartiers Populaires, organisé dimanche 5 octobre à Nanterre par des associations
connues pour leur radicalisme, telles le Mib ou DiverCités. Histoire de faire de la retape, à l'heure où les comités NPA reçoivent leurs premières cartes d'adhérents. Le moins qu'on puisse dire,
c'est que c'était plutôt raté.
La veille, les militants NPA qui tractaient en colonne à l'entrée du Forum s'étaient déjà fait virer sans ménagement par le Mib.
« On ne veut pas être la chair à
canon politique, ni de la gauche, ni de l'extrême-gauche, s'enflamme un militant de Vaulx-en-Velin.
On n'est plus les supplétifs de ces gens-là. On ne
viendra au NPA que s'il pousse nos revendications : la dénonciation des bavures policières, de la justice à deux vitesses, la surpopulation carcérale et les discriminations. Quand on s'appelle
Mohamed, on a trois fois moins de chances de trouver du travail que quand on s'appelle Philippe ! Le NPA doit en faire une priorité ! ».
Bref, ce dimanche, Besancenot est loin d'arriver en terrain conquis. Sous le grand chapiteau installé au pied des Tours de la cité Pablo Picasso, Abdelaziz Chaambi, l'un des organisateurs du Forum,
discute longuement avec le facteur de Neuilly qu'il considère comme un bourgeois.
« La classe politique ne réagit que lorsque les problèmes qui nous touchent
depuis des années la concernent à son tour », lui lance-t-il au sujet d'Edvige.
« Vous hurlez quand on liste les syndicalistes, les homos, mais nous, qui
sommes fichés du berceau à la tombe, ça ne compte pas ? ». Besancenot est mal à l'aise, évoque sa guerre contre le taser…
« Sur les crimes policiers, tu dis
quoi ? », lui lance encore Chaambi.
«Moi, individuellement, je suis convaincu, répond le chef du NPA.
Maintenant,
la LCR a du retard à l'allumage…».
C'est l'affaire du voile qui bloque
Mais la vraie pierre d'achoppement, le dossier qui pourrit les relations entre le NPA et les acteurs du Forum Social des Quartiers Populaires, c'est l'affaire du foulard, qui a abouti à la loi du
15 mars 2004. Ici, personne n'a oublié que les deux profs d'Aubervilliers par qui toute l'histoire avait commencé - ils avaient demandé l'exclusion d'Alma et Lila, deux sœurs voilées - étaient
encartés à la LCR…
«Comment tu veux avoir la confiance des quartiers populaires après ça?» interroge un militant historique du MIB. Et si Besancenot
considère aujourd'hui que
« c'était une connerie » ( !), il tient quand même à préciser :
«Dans la pratique, il y aura des
clashs. Il y a des sujets sur lesquels on ne tombera pas d'accord. On va pas se convaincre en discutant en l'air».
La LCR a beau être minoritaire dans les comités NPA, son fondateur, Alain Krivine, reste persuadé que les militants de la Ligue peuvent imposer leur ligne à des jeunes de quartiers
« destructurés ». Las. Abdel Zahiri, le jeune avignonais de 28 ans que Besancenot aimerait voir désigner comme porte-parole au congrès de janvier, est qualifié de
« naïf » par les militants du Forum.
« Il y a un risque de hold-up politique de la LCR pour rafler les voix des militants
sincères qui n'espèrent plus rien de la gauche. Le NPA ne porte aucun nouveau projet politique », soupire un membre de DiverCités. Sans compter que les cadres du NPA et les gens des
quartiers ont du mal à trouver un langage commun. En banlieue, la lutte anti-capitaliste ne fait pas recette. Logique : l'ultra-libéralisme le plus sauvage y règne.
Vendredi 10 octobre 2008
5
10
/10
/2008
08:56
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Publié dans : Observation Politique
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