Les banlieues, les quartiers sensibles et autres cités à problèmes ont disparu des médias depuis des mois. Faut-il en déduire que la situation s'est améliorée ? Evidemment non. Elle intéresse
moins, c'est tout.
Les chiffres de la délinquance sont trompeurs. La baisse enregistrée sur tout le territoire, lente mais régulière depuis maintenant cinq ans, concerne en effet également la banlieue. On ne
débattra pas ici des moyens mis en œuvre pour l'obtenir et des mille façons de faire dire aux statistiques ce que l'on attend d'elles pour plaire au grand chef. La principale limite de ces
chiffres est la même que celle qui frappe la macro-économie : vus du quartier, ils ne veulent rien dire. Où que l'on se tourne, du 95 au 91 en passant par les banlieues de Lyon, de
Strasbourg, de Lille et de Grenoble, on vous le serine : au-delà du discours formaté –des émeutes, plus jamais-, les lignes n'ont pas beaucoup bougé depuis cette fameuse flambée de novembre
2005.
Certes, Rachida Dati (Justice) et sa collègue Nathalie Kosciusko-Morizet (Ecologie) sortent de leur périmètre habituel pour aller, à l'occasion, poser un talon dans les quartiers. Certes,
Fadela Amara, en charge de la Ville, a fini par rendre public un plan banlieue dont on a vite compris les limites, vacciné que l'on est par les plans précédents. Certes, un important effort a
été réalisé pour éviter de voir les effectifs policiers fondre dans ce 9-3, banlieue des banlieues, où l'administration a un mal fou à exiger des gardiens de la paix qu'ils y restent quelques
années –sauf à recourir à la contrainte. Certes, il se murmure entre les tours et les barres que la justice cogne un peu plus fort sur ceux qui se font attraper, et c'est mieux que rien.
Pression policière accrue
Mais charmantes sorties ministérielles et saupoudrage ne résoudront rien et la pression policière accrue sur la Seine-Saint-Denis a surtout pour effet de décupler le nombre des outrages à
agents et autres rebellions. Pas forcément faites pour rassurer les banlieusards alentour, inquiets à l'idée de voir l'un de ces micro-incidents tourner au drame et mettre le feu partout.
Dans ces conditions, comment ne pas se féliciter de voir femmes et hommes de cinéma et de télévision poser leurs caméras dans ces quartiers ? Le travail de Yamina Benguigui pour Canal Plus,
celui initié par la société de production Courtrajme à Clichy-sous-Bois (un documentaire sur les trafics), comme le docu-fiction qui sort ces jours-ci sur grand écran, Go Fast, sur l'économie
de la drogue, sont bienvenus pour relayer des médias passablement absents. Et rappeler aux politiques que tout reste à faire.
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