Ni l'intervention pressante de George W. Bush ni les appels à la responsabilité des leaders démocrates et républicains du Congrès n'ont eu raison de la peur qui étreint les 435 représentants : celle de se présenter dans cinq semaines devant les électeurs en ayant entériné un plan de sauvetage extrêmement impopulaire.
Autant qu'au contenu de l'accord négocié frénétiquement entre l'Administration et les élus tout au long du week-end, le calendrier s'est opposé à son adoption rapide. La Chambre basse, entièrement renouvelée tous les deux ans, est plus exposée au couperet électoral que le Sénat, dont un tiers des membres seront soumis à réélection le 4 novembre prochain, lorsque le pays élira son 44e président. La force de conviction déployée par les dirigeants parlementaires des deux partis n'a été d'aucun effet face au déluge de courriels et d'appels téléphoniques adressés par les électeurs-contribuables ulcérés à leurs élus. Selon l'institut Gallup, à peine 28 % des Américains approuvent la réaction des autorités fédérales à la crise financière, alors que 68 % s'y opposent.
Avec 228 voix contre et 205 pour, il a manqué treize voix au projet de loi pour passer le cap de la Chambre et aborder l'épreuve du Sénat, réputé plus consensuel. Si les démocrates ont rallié 66 % de leurs troupes, les républicains n'en ont convaincu que 35 %. Pourtant, le président avait personnellement téléphoné hier matin à une douzaine d'entre eux, s'efforçant d'apaiser leurs doutes. Le résultat donne la mesure de l'influence qu'il lui reste. Il n'est guère plus flatteur pour Steny Hoyer et John Boehner, chefs respectifs de la majorité démocrate et de la minorité républicaine, qui avaient exceptionnellement remisé leurs querelles pour « parler d'une même voix ».
Plus de trois heures de débats enflammés ont précédé quarante minutes de vote chaotique, durant lequel des élus criaient le cours du Dow Jones. Des représentants ont comparé leur décision à l'octroi de pouvoirs de guerre ou à l'« impeachment » du président. Jeb Hensarling, républicain du Texas, a jugé qu'elle mettrait la nation « sur la pente glissante du socialisme ». Son collègue démocrate Lloyd Dogget a reproché aux négociateurs de « n'avoir jamais envisagé sérieusement une alternative » au rachat des créances « toxiques » de Wall Street.
La plupart des intervenants ont souligné leur « répugnance » à l'idée même d'une intervention massive de l'État sur les marchés. « Nous n'avons pas été élus pour ça ! », s'est écrié Steny Hoyer. Plusieurs républicains ont rejeté la responsabilité de leur vote sur Nancy Pelosi, la « speaker » de la Chambre, auteur d'une virulente diatribe contre l'Administration. « Si leurs sentiments ont été froissés par un discours au point de voter contre l'intérêt national, alors ils n'ont rien à faire ici », a tranché Barney Frank, président démocrate de la commission bancaire.
Le candidat démocrate à la présidence, Barack Obama, qui avait soutenu l'accord plus explicitement que son rival républicain, John McCain, a estimé que tout espoir n'était pas perdu. « Nous allons y arriver, a-t-il dit. Ça va secouer, mais j'ai confiance. » Les leaders des deux partis se sont dits prêts à poursuivre les négociations avant d'envisager un nouveau vote. Le Sénat, qui devait se saisir du texte demain, pourrait aller de l'avant ou attendre le résultat des discussions à la Chambre.
Mais le Congrès, dont la dernière session aurait dû s'achever vendredi, est en fin de course. Beaucoup de représentants sont pressés de retourner dans leur circonscription pour faire campagne. Les responsables parlementaires n'étaient même pas sûrs de pouvoir les garder quelques jours de plus à Washington.
Commentaires Récents