Débat McCain Obama, un partout
Par Philippe Grangereau - http://www.liberation.fr/
(Reuters)
Aucun des deux candidats n'a réellement dominé l'autre lors de ce premier débat télévisé dominé par la crise financière et la politique étrangère.
Le premier des trois débat télévisés entre les deux candidats à la Maison Blanche, qui s'est tenu vendredi soir dans le Mississippi, n'a pas été décisif. Le républicain John McCain n'a eu cesse
de mettre en avant son expérience en matière de politique étrangère, tout en soulignant la «naiveté» de son adversaire, Barack Obama sur les questions de politique étrangère, qui
étaient au cœur de ce premier duel verbal.
«Le sénateur Obama ne semble pas comprendre que...», a-t-il accusé à plusieurs reprises. «Je ne crois pas que le sénateur Obama a l'expérience et le savoir nécessaire pour être
président», a-t-il dit. Obama, de son côté, a souligné qu'il représentait l'avenir. Sans se démonter, il s'est montré concis et précis. Il a mis en avant sa capacité à prendre les bonnes
décisions et à restaurer l'image et le statut des Etats-Unis dans le monde.
Match nul pour 38% des électeurs indécis
L'analyste politique David Gergen estime que la prestation de John McCain, bien qu'honorable, n'a pas été assez «brillante» pour lui permettre d'enrayer sa baisse dans les sondages. Une
enquête d'opinion réalisée juste après le débat par la chaîne CBS auprès d'électeurs indécis indiquait que 40% pensaient qu'Obama avait gagné le débat tandis que 22% penchaient pour McCain. Pour
38% des personnes interrogées, le débat s'est soldé par un match nul.
Les deux candidats ont esquivé les questions portant sur le plan de sauvetage financier de 700 milliards de dollars actuellement en négociation au Congrès. McCain s'est félicité de voir les
républicains et le démocrates travailler à un compromis. La crise financière, a pointé Obama, «est le verdict final de huit années d'une mauvaise politique économique mise en œuvre par George
Bush et soutenue par le sénateur McCain».
Réaffirmant qu'il parviendrait toujours à réduire les impôts de 95% des Américains malgré la crise économique, il a aussi signalé que la réalisation de «l'indépendance énergétique du
pays» par la promotion des énergies renouvelables était sa première priorité, avec la mise en place d'un système d'assurance-santé, d'importants investissements dans l'éducation et la
reconstruction des infrastructures décaties du pays. McCain a souhaité construire un parc de 45 centrales nucléaires d'ici 2030.
Stratégie «gagnante» en Irak
McCain a accusé son adversaire d'avoir eu une première réaction timide à l'intervention militaire russe en Géorgie le mois dernier en appelant les deux parties à la retenue. Obama «ne
comprend pas que la Russie a commis une agression grave contre la Géorgie», a-t-il estimé en ajoutant: «La Russie est devenue un Etat roulant sur les pétro-dollars contrôlé par des
apparatchiks du KGB (...) Quand je regarde dans les yeux (du Premier ministre russe Vladimir) Poutine, je vois trois lettres: K.G.B.» Avec une prudence de diplomate, Obama a estimé que
«l'ensemble de notre attitude vis-à-vis de la Russie doit être réévaluée, car une Russie résurgente et très agressive est une menace pour la paix et la stabilité de la région».
Sur la question de l'Irak, McCain a, sans surprise, applaudi les bons résultats obtenus par l'envoi de troupes supplémentaires depuis 2007 et accusé Obama de s'être opposé à cette
stratégie «gagnante». Son rival a rétorqué que l'Afghanistan et le Pakistan, et non l'Irak, étaient le «front central» de la guerre contre le terrorisme. «Je n'hésiterai pas
à faire usage de la force, mais nous devons utiliser notre armée de manière avisée», a-t-il dit.
Sur le dossier iranien, Obama a plaidé pour une «diplomatie ferme et directe». Il a indiqué qu'il était d'accord avec McCain, que les Etats-Unis ne pouvaient tolérer un Iran doté de
l'arme nucléaire et il a appelé à des sanctions plus dures pour forcer Téhéran à abandonner son programme nucléaire. McCain a raillé la «naïveté» d'Obama, affirmant qu'être prêt à
rencontrer le président d'un Etat comme l'Iran, c'était donner une légitimité à ses propos: «(Le président iranien) Ahmadinejad est maintenant à New York en train de parler de l'extermination
de l'Etat d'Israël, d'effacer Israël de la carte et nous allons négocier avec lui sans conditions!»
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