
À la faveur d'un week-end dominé par la crise financière, Barack Obama est repassé devant John McCain dans tous les sondages nationaux. Il affiche 4 points d'avance dans le baromètre Gallup, cinq dans la dernière enquête CBS News, deux selon l'Institut Zogby et un dans le sondage quotidien Rasmussen, le seul qui donnait encore l'avantage au républicain deux jours plus tôt.
Avant même le séisme qui a secoué Wall Street la semaine dernière, l'économie était citée comme préoccupation dominante par la majorité des Américains. Près de 80 % estiment que le pays se porte mal et 60 % jugent Obama mieux armé pour répondre aux problèmes présents (contre 53 % pour McCain). Le même nombre considère que le démocrate comprend et partage les soucis des gens ordinaires, contre seulement 48 % pour son rival républicain. Ces perceptions peuvent expliquer le retour de balancier encore fragile en faveur d'Obama.
Mais les deux prétendants à la Maison-Blanche traversent une période d'ajustement difficile : «Je ne peux pas retrouver une élection de l'ère moderne dans laquelle les candidats aient eu à prendre position sur un problème d'une telle ampleur aussi près de la date du scrutin», relève Michael Berman, un stratège démocrate. Tout en gardant leur rhétorique électorale combative, le démocrate et le républicain ont eu des réactions très proches au plan d'urgence de 700 milliards de dollars proposé par l'Administration Bush. Tous deux le soutiennent et pressent le Congrès de l'entériner rapidement. Mais l'un et l'autre demandent des mesures de contrôle accrues et souhaitent que les contribuables, ainsi que les propriétaires frappés par la crise immobilière, ne soient pas oubliés. «Pour l'instant, l'Administration Bush n'a proposé qu'un concept assorti d'une facture impressionnante, pas un plan digne de ce nom, a déclaré Obama en campagne dans le Sud. En échange de leur soutien, les Américains doivent avoir la garantie que l'accord reflète les principes essentiels de justice et de transparence.»
McCain a été le plus violent des deux. «L'Administration Bush a échoué. Je les tiens pour largement responsables. Des Américains innocents, ne travaillant ni à Wall Street ni à Washington, se retrouvent victimes de la cupidité, des excès et, disons-le, de la corruption. Depuis Adam Smith, il y a un contrat social entre le capitalisme et le peuple : il a été rompu.» Après avoir reconnu durant les primaires que l'économie n'était pas son fort, le candidat républicain tente de reprendre l'ascendant : «J'ai proposé un plan pour remédier à la faillite des institutions (financières). Le sénateur Obama n'a pas cru bon d'en faire autant. Au moment où l'on a besoin de leadership, il n'a pas été à la hauteur.»
Le démocrate, dont la stratégie reposait de longue date sur le calcul que l'élection se jouerait sur l'économie, essaye de gagner en crédibilité : il parle de «péril national», dénonce «la philosophie de dérégulation excessive» et promet une approche plus «responsable». Mais l'expérience montre qu'en temps de crise, les électeurs se prononcent plus sur la personnalité des candidats que sur leur programme. En ce sens, la nature profonde de la course n'a sans doute pas changé.
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