Dans une période banale, une opposition digne de ce nom se serait saisie du fichier policier Edvige pour en faire une arme contre la majorité. Mais la période qui s'est ouverte en France le
16 mai 2007, jour de l'investiture de Nicolas Sarkozy, est tout sauf ordinaire. Même quand le chef de l'Etat et son gouvernement sont sur le grill, sommés de se justifier d'un dérapage avéré,
c'est encore le Parti socialiste qui se brûle !
Alors que la mobilisation prend de l'ampleur -130 000 pétitionnaires, selon les animateurs de Non à Edvige- deux stratégies s'opposent au sein du PS. Delphine Batho, député des Deux-Sèvres et
secrétaire nationale chargée de la sécurité, souhaite faire de son parti une caisse de résonance, prolongement politique de l'agitation associative et syndicale. Elle demande donc le
«retrait» du décret Edvige, mais aussi «l'organisation d'un grand débat parlementaire débouchant sur l'adoption d'une loi sur les fichiers de renseignement». Clairement, la ségoliste Batho
entend pousser l'avantage de la gauche, en obligeant le gouvernement à défendre un projet hautement contesté jusque dans les rangs de la droite.
Forger une solution technique ?
La stratégie proposée par Manuel Valls est toute différente. Elle pose un problème qui n'est pas médiocre : l'opposition peut-elle se contenter de s'insurger, comme le fait François Bayrou,
sans se donner la peine de proposer une solution ? Le député-maire d'Evry propose «que la commission des Lois de l'Assemblée organise des auditions sur Edvige». La nuance est de taille. En
sollicitant des experts, l'objectif est de forger une solution technique, acceptable par la majorité et l'opposition. Pour Valls, le PS doit, s'il désire être audible, d'abord démontrer son
utilité. Fût-ce en collaborant, au passage, avec ce diable de Sarkozy. Quitte à le sortir, ainsi, d'un très mauvais pas.
Ulcéré par cette proposition, quelques socialistes prêtent à Manuel Valls les pires pensées. Après avoir refusé un ministère, offert par le Président de la république au nom de l'ouverture,
l'élu d'Evry rêverait d'une mission officielle… Un camarade, qui ne prête qu'aux riches mais conserve l'anonymat, ironise : «l'amitié qui lie Valls avec Alain Bauer, criminologue ex-rocardien
devenu sarkozyste, n'est pas sans lien avec cette généreuse proposition... » Les deux compères auraient imaginé de conserve une sortie de crise gagnant-gagnant.
Pendant les vacances, les impayables socialistes ont été les spectateurs distraits de la mobilisation contre Edvige. En cette rentrée, ils hésitent encore sur la façon de mener cette bataille
emblématique pour les libertés. Le PS a vraiment besoin d'une clarification stratégique.
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