Ultrarapide, intuitif, minimaliste… le nouveau navigateur de Google brille par ses performances mais plus encore par son ambition de détrôner le géant Microsoft. Mais tout le système de
l'entreprise repose sur la publicité comme ressource. D'où un navigateur dangereusement intrusif.
Crédit : Gizmodo.com
«Mais pourquoi Google a-t-il sorti son navigateur seulement sur PC ?» Comme tout ce qui concerne le leader mondial du moteur de recherche, la réponse
a vite été trouvée : les PC restent à ce jour le terrain privilégié de Microsoft, ennemi juré de Google.
Depuis sa sortie, le 2
septembre, la version d'essai du navigateur Chrome passionne de nombreux blogueurs qui traquent la petite bête… mais livrent un constat généralement enthousiaste : le logiciel est
ultrarapide, simple d'utilisation et sans chichi. Ca tombe bien : avec Chrome, Google s'adresse au grand public. Une autre très bonne raison pour se lancer sur PC.
Le pain quotidien de l'internaute…
Longtemps, Eric Schmidt, patron de Google, et Bill Gates, ex-patron de Microsoft, ont nié toute concurrence directe : le premier visait Yahoo sur le secteur de l'information, le second
voulait contrer IBM et ses solutions techniques. Entre temps, chacun a doublé son adversaire respectif et les deux géants se sont retrouvés face à face avec chacun leur logique.
Microsoft, c'est le «Pack Office» (Word, Internet Explorer, Excel...), ensemble de logiciels vendus chers (aux particuliers) ou très chers (aux entreprises) généralement préinstallés sur les
ordinateurs PC. Aux revenus de la vente s'ajoutent le service de maintenance, les abonnements pour les mises à jour, etc.
Google, c'est le
«gestionnaire de connexion» : il offre gratuitement à tout internaute tous les outils nécessaires pour télécharger, modifier et
envoyer des informations sur le web. La société a créé un logiciel de retouche d'image, de dessin en 3D, un service de mail, de traduction, de communication instantanée, un traitement de
texte en ligne et racheté la plus grosse plate-forme vidéo du monde (YouTube) et un des premiers fournisseurs de blog (Blogger).
Google les a réunis dans son Pack avant d'annoncer, entre octobre 2007 et décembre 2008, le lancement
d'un navigateur (Chrome),
d'un système d'exploitation (Android), d'un téléphone portable nouvelle génération (GPhone) et
d'un projet de Wifi gratuit. La guerre était déclarée.
…emballé dans de la pub
«Google ne peut pas faire le mal», énonce la quatrième preuve de la divinité de Google établie par
la Church of Google (Eglise de Google). Derrière cette plaisanterie se cache la grande force de la société : en dix
ans d'existence, elle n'a jamais cessé d'innover, devenant synonyme de qualité accessible à tous, là où les bugs de Microsoft, de Windows et d'Internet Explorer sont devenus des sujets de
blagues.
Or cette gratuité, Google la fait payer et espère bien la faire payer de plus en plus cher. 99% de ses 16,6 milliards de dollars de chiffre d'affaire en 2007, c'est la pub : en analysant les
données envoyées par l'internaute sur son moteur de recherche ou sur ses applications en ligne, Google affiche des publicités en rapport. Avec Chrome, ce ne sont plus les seules données
recherchées qui seront analysées mais les moindres clics, jusqu'au dernier site visité. Un système intrusif
qui lui vaut déjà le surnom de
«Big Browser» (browser signifiant navigateur).
Le tout-Google : la guerre du gratuit contre le payant
Une logique à laquelle n'échappera pas
Android. Ce futur concurrent de Windows, d'abord lancé seulement sur téléphone portable
intégrera également des publicités choisies selon les données traitées par l'ordinateur lui-même !
Le seul marché refuge des éditeurs de logiciels (Microsoft mais aussi Adobe, notamment avec Acrobat et Photoshop) était jusqu'ici les entreprises qui continuaient d'accepter de payer les
coûteuses licences des logiciels. Ce temps est révolu :
ZDNet, site informatique de référence,
invite les responsables techniques à sérieusement envisager la gratuité Google en ce temps de
«morosité économique pour les entreprises».
La crise du pouvoir d'achat est-elle la meilleure alliée de Google ? Pour cela, cette entreprise devra surmonter la crise de la publicité sur le web et de la réclame en général qui voit déjà
plonger les titres de presse gratuite (à commencer par Métro). Peut-être l'arrivée du Gphone et d'Android sont-ils également une manœuvre de rappariement vers le marché de la pub sur téléphone
portable,
qui selon certaines analyses atteindra 12 milliards de dollars en 2011.
Google a beau promettre ne pas faire le mal, cette société ne fait pas vraiment du bien à la concurrence. Son succès
phénoménal la pousse à élargir sans cesse son champ d'intervention. Au risque de paraître demain comme une nouvelle menace pour la pluralité du monde de l'internet.
Vendredi 5 septembre 2008
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Publié dans : Médias
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