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  • : 04/05/2007

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Bercy siffle la fin de l’affaire Tapie Bercy siffle la fin de l’affaire Tapie



Par GRÉGOIRE BISEAU -
http://www.liberation.fr/



Nanar peut sortir les magnums de champagne. Après quinze ans de guérilla judiciaire, le voilà définitivement remis à flot. Il a été riche. Et bien il sera riche jusqu’à la fin de ses jours. Hier, Bercy a choisi de ne pas demander un recours en annulation de la sentence du tribunal arbitral qui avait condamné le CDR à verser 285 millions d’euros (dont 45 millions d’euros de préjudice moral) à l’ex-homme d’affaires.

Théâtre. Compte tenu du passif et des dettes fiscales et sociales de Tapie, une grosse partie de la somme va repartir dans les caisses de l’Etat. Combien en restera dans sa poche ? Difficile de le dire aujourd’hui. Tout dépendra du bon vouloir de l’administration fiscale. Ses avocats évoquaient hier une fourchette comprise entre 20 et 40 millions d’euros. De quoi mettre définitivement à l’abri l’ex-ministre de la Ville de Pierre Bérégovoy. Nanar n’aura plus besoin de monter sur les planches pour cachetonner. C’est au moins une bonne nouvelle pour le théâtre.

Est-ce pour autant un scandale d’Etat ? C’est en tout cas la thèse de François Bayrou, président du Modem, qui a vu dans cette sentence la main de Nicolas Sarkozy. Pourquoi ? Est-ce une façon de remercier Tapie d’avoir appelé à voter pour lui pendant la campagne présidentielle ? Peut-être. Dans ce cas, ce serait évidemment scandaleux. Mais, aujourd’hui, impossible de le savoir. En revanche, on est en droit de s’étonner du dénouement pour le moins curieux de ce feuilleton.

D’abord, on ne comprend pas très bien pourquoi Sarkozy s’obstine à vouloir mettre un terme à cette affaire. En 2004, ministre des Finances, il a déjà cherché une médiation. Et, là, il exige que les deux parties s’en remettent à une justice arbitrale qui n’avait jusqu’à présent jamais été utilisée par l’Etat dans un tel dossier franco-français. «C’était pour solder une affaire qui n’avait que trop duré», nous déclare la ministre de l’Economie (lire ci-dessous). Pourquoi pas. Les trois arbitres sont a priori des personnalités incontestables et compétentes pour juger en droit. Et le fait que leur sentence soit accablante pour le Crédit lyonnais et donc très favorable à Tapie n’est pas forcément douteux en soi. Même si cela ulcère beaucoup de monde, il apparaît incontestable aujourd’hui que Tapie a longtemps servi de coupable idéal pour cacher les turpitudes du Lyonnais. Et, si l’on s’en tient à la seule affaire de la vente d’Adidas, il ne fait pas de doute que l’ex-patron de l’OM s’est fait rouler dans la farine et a permis à la banque publique de réaliser un confortable bénéfice sur son dos.

Suspicion.Le problème est qu’en accordant 45 millions d’euros de préjudice moral, les arbitres ont discrédité d’un coup leur sentence et laissé planer une grosse suspicion. Jamais un tel montant n’avait été accordé par la justice française. Pourquoi alors une telle somme à Tapie ?

Hier, deux des trois administrateurs indépendants du CDR ont voté pour le recours (1). Mais Bercy a choisi de ne pas les suivre et de clore le dossier. Que l’on se rassure, l’histoire n’est pas totalement terminée, puisque tout ce petit monde va se retrouver devant la commission des Finances en septembre, pour un grand déballage public. Tapie a promis du spectacle. Chouette.

(1) Le CDR compte cinq administrateurs : trois indépendants et deux nommés par Bercy.

Mardi 29 juillet 2008
- Publié dans : Dans l'actualité
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