Rencontres improbables entre la buvette et la salle de meeting, ce week-end, pour la première réunion du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) d'Olivier Besancenot. On enterre la Ligue
communiste révolutionnaire autour d'une bière ou à la tribune, dans la bonne humeur. Un Parti s'éteint, un autre s'éveille… mais qui peut savoir de quoi vont accoucher les profils chamarrés
qui se croisent à la Plaine-Saint-Denis ? Quand Florian prend la parole samedi matin pour évoquer avec enthousiasme la création d'un comité d'une centaine de militants à Mulhouse, il avoue
quand même que ce n'est pas toujours facile de faire cohabiter
« des gens venus de Lutte ouvrière, du PCF, des altermondialistes, des unitaires bovéistes,
des écologistes radicaux, des staliniens, des trotskystes, des libertaires avec des Maoïstes kurdes et des Maoïstes turcs ! » Il paraît, en effet, que les mélanges, ça peut donner mal
à la tête… Sans parler des téléspectateur de Vivement dimanche qui, visiblement, ne sont pas venus.
Préparez l'aspirine
Un peu plus tard, une activiste des
jeudi noirs , un mouvement qui se bat contre le mal logement à Paris, récuse le concept de lutte des
classes. Parallèlement, on apprend que Jean-Marc Rouillan, co-fondateur de l'organisation terroriste Action directe, veut adhérer. Puis, dans l'après-midi, c'est au tour de Luidivine,
militante du
CRI (groupe Communistes révolutionnaire internationalistes) de s'insurger contre l'expulsion de deux ses camarades d'une
cellule NPA dans le XIIIème arrondissement de Paris.
« C'est une honte, on nous exclut d'un parti qui n'existe pas encore ! ». D'autres craignent un
entrisme des lambertistes... Au fond de la salle rôde Clémentine Autain, apparentée communiste en mal de mandat, qui fait savoir aux journalistes qu'on ne fera pas ce nouveau parti avec
uniquement des
« héros du quotidien » et qui propose de
« faire la passerelle » entre différentes mouvances
de gauche. Et, un peu partout, gravitent des jeunes de vingt à trente ans, révoltés à la fois par la mollesse du PS et par l'exercice du pouvoir sarkozyste...
Juppé infiltré par bobolchéviks
« Le profil type du nouveau militant, ce sont de gens né autour de 77, fils de profs ou classes moyenne », explique Florence, militante à la Ligue
depuis dix ans après autant d'années passées au PCF. Ces nouveaux-là sont séduits par l'écologie, révoltés contre les inégalités. Le NPA attire même des plus jeunes, comme Mathieu, Nicolas et
Léo, en khâgne ou en thèse de philo à Bordeaux, qui expliquent qu'ils ne seraient jamais encartés à LCR
« parce que ça fait peur ». Très méfiants vis
à vis des partis installés, ils avaient envie de s'engager à gauche, mais
« si le PS, c'est Delanoë, vas-y, c'est bon, non merci ! ». Le nouvel élan
impulsé par la Ligue leur offre l'espoir de participer à la création d'un mouvement vierge, neuf, prometteur. Pourtant, ils sont modérés, plus démocrates que révolutionnaires. Ils aimeraient
bien d'ailleurs que le mot « socialisme » figure dans le nom de la nouvelle formation,
« parce qu'en fait on n'est pas d'extrême gauche, on est de gauche
». Attention, les bobolchéviks entrent en politique… Au stand de la librairie, on peut acheter, au choix, du Lafargue, du Trotsky... et des polars de Fred Vargas.
Nouveau Parti anti-PS
Que faire (comme dirait Lénine) de cette grande soupe, populaire, idéologique ?
« Il faut créer », répond Olivier Besancenot. Plus pragmatique, Alain
Krivine se satisfait du
« nécessaire flottement » à cette étape intermédiaire de la naissance du Nouveau parti.
« La
Ligue va proposer une plate-forme, une base sur laquelle on pourra élaborer ensemble le programme. Et puis on organisera des ateliers de formation quand le Parti sera constitué, pour donner
quelques outils idéologiques aux nouveaux adhérents », détaille Krivine. Le réseau très structuré de la LCR parviendra-t-il à encadrer la spontanéïté des uns et la radicalité des
autres ? Pour Alain Krivine, l'essentiel est que
« la Ligue ne fasse plus peur aux jeunes ». De ce point de vu, c'est réussi. Les trotskystes espèrent
ainsi profiter de la brèche ouverte par un PS en crise. Point commun de chaque intervention : une gifle défoulatoire à la
« gauche libérale ». Mais si
on sait contre quoi on se bat, reste à définir ce qu'on veut. Prochain grand rendez-vous : janvier prochain. Date de création officielle d'un parti dont on ne connaît toujours ni le nom, ni
vraiment le visage…
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