Le Président est allé très loin, lors de son intervention télévisée de jeudi dernier, en s'en prenant aussi bien aux spéculateurs qu'aux agences de notation ou encore à Daniel Bouton, le pdg
de la Société générale. Emporté par sa diatribe contre un
« capitalisme financier qui marche sur la tête », ilen est même venu à faire des promesse
dignes de la gauche extrême. En début d'émission, face à Véronique Augier, il assure que François Fillon présentera
« dans les quinze jours » un texte
relevant d'un véritable
« projet de société » dont l'objectif est l'intéressement des salariés aux bénéfices de l'entreprise.
« Il y a des entreprises qui font des profits et c'est tant mieux (…) Mais il faut que chaque salarié puisse en profiter , a déclaré le chef de l'Etat.
Dans mon esprit, il faut qu'un tiers des profits aille au salarié, un tiers de profits aille à l'investissement, un tiers des profits aille aux actionnaires.
» Commentaire de Michel Husson, ancien économiste de la LCR :
« Quand j'ai entendu ça, les bras m'en sont tombés. Je me suis dit qu'il avait dû piquer
cette proposition à Attac, c'est pas possible ! » La chemise bleu UMP du Président dissimulerait-elle une faucille et un marteau dans sa poche intérieure ?
Premier obstacle : « les contraintes du marché »
A l'heure actuelle, les entreprises du Cac 40, pour ne citer qu'elles, sont loin du compte. Selon l'étude commandée par
Le Monde au cabinet d'évaluation financière Ricol, Lasteyrie
et associés, elles reversent 40 à 50% de leurs bénéfices aux seuls actionnaires. Et l'Etat lui-même, lorsqu'il est actionnaire de grandes entreprises, encaisse ses dividendes comme les
autres. Mais à Bercy, on se justifie en faisant valoir que l'Etat manque de i[« marge de manœuvre »]à cause des
« contraintes du marchés ». Sarkozy,
nouveau pourfendeur de l'argent fou, peut-il combattre ces fameuses contraintes qui lient jusqu'aux agents du ministère des Finances ?
Deuxième obstacle : les PME
« Fixer le mode de répartition des bénéfices reviendrait à nationaliser à moitié toutes les entreprises, décrypte Michel Husson.
Ou alors, il faut jouer sur les taxes d'imposition ». C'est à cette deuxième disposition que semble songer Nicolas Sarkozy. Dans son allocution, il observe que
« les entreprises de moins de 50 salariés ne sont pas obligées de faire la participation ou l'intéressement » et annonce aussitôt :
« eh bien désormais, une entreprise qui distribuera une partie de ses bénéfices à ses salariés paiera moins d'impôts sur les bénéfices. » Le projet est encore un
peu flou, et selon l'économiste Liêm Hoang-Ngoc, il est surtout bizarrement énoncé :
«les PME ne redistribuent pas d'argent à leurs salariés. Comment peut-on
leur promettre qu'on baissera un impôt qu'elles ne payent pas ?» « L'intéressement, c'est l'arlésienne depuis de Gaulle, poursuit l'économiste
proche du PS.
Mais si les petites entreprises ne le font pas, c'est tout simplement parce qu'elles n'en ont pas les moyens, elles de dégagent pas de marges
suffisantes ! »
Troisième obstacle : le Medef...et Nicolas Sarkozy
Plus grave, il relève ensuite que Nicolas Sarkozy a lui-même participé à abolir les mesures qui favorisaient la redistribution aux salariés dans les grandes entreprises !
« Michel Rocard avait modulé le taux d'imposition des bénéfices selon leur répartition : il était de 42% pour les bénéfices qui allaient aux actionnaires et de 34% pour
ceux qui étaient réinvestis. Qui a aboli cette disposition pour réduire le taux d'imposition au taux unique de 33% ? Edouard Balladur à l'époque où un certain Nicolas Sarkozy était ministre
du Budget. » Nicolas Sarkozy président serait-il prêt à revenir sur les décisions de Nicolas Sarkozy ministre ? Voilà qui ne ferait pas plaisir à tout le monde. Le Medef, notamment,
s'était réjoui de l'arasement de l'impôt sur les bénéfices à 33% sous le gouvernement Balladur. Interrogé sur l'annonce du Président…le syndicat des patrons n'a pas souhaité répondre. A
suivre avec intérêt !
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